Courtisé, manœuvrier, imprévisible : l’irruption inattendue du faiseur de rois Éric Ciotti
Il était le petit député du Sud, chauve et fort en gueule, dont la sphère intellectuelle et médiatique, sûre de sa supériorité, souriait avec indulgence. Le gentil diable qu’on sortait de sa boîte pour amuser de son accent chantant les auditeurs et téléspectateurs. Il était la providence des équipes de radios et de télévisions lâchées par leur invité à la dernière minute. Un coup de fil suffisait : Ciotti, lui, était toujours disponible. Nos médias mainstream s’étaient habitués à ses rodomontades qui passaient pour des tartarinades au marché aux olives de Nice. Mais voilà, la permanence des idées a des vertus.
Une campagne des primaires LR plus tard, Éric Ciotti triomphe, plastronne, menace le vainqueur Valérie Pécresse, tape du poing sur la table, exige qu’on reprenne ses propositions. Au cas où Pécresse manifesterait des velléités d’indépendance, elle trouverait face à elle le crâne lisse et l’œil qui frise du député des Alpes-Maritimes. Tiens, d’ailleurs, pour pouvoir taper plus fort et plus longtemps, pourquoi ne pas créer un mouvement au sein de LR, histoire de faire monter la pression, d’expliquer à quel point il est prêt, tout prêt, à s’enfuir pour rejoindre les méchants zemmouristes. C’est chose faite. Le parti d’Éric Ciotti – pardon, son mouvement au sein de LR – vient de naître, il est baptisé simplement « À droite ». Et pour rendre crédibles ses menaces, le député autorise un certain Éric Zemmour à lui rendre à lui, Éric Ciotti, un vibrant hommage à la tribune du meeting de Villepinte devant 13.000 personnes. Dès le score de Ciotti connu samedi, à l’issue des primaires, Zemmour s’est fendu d’une longue lettre aux électeurs du député, décidément très courtisés. Ciotti aurait pu s’en offusquer. Il publie au contraire, dans la foulée du meeting, ce mot : « L’agression d’Éric Zemmour en plein meeting est inacceptable. L’absence de condamnation de la part du gouvernement est indigne et inquiétante. Retrouvons un esprit voltairien, d’accord ou non, nous avons le devoir de nous battre pour que toutes les idées puissent s’exprimer. » On a vu plus mordant.
Lundi, après cette séquence zemmourienne et autour d’un repas dûment photographié dans sa ville, Ciotti met en scène sa réconciliation avec Valérie Pécresse qu’il avait secouée la veille. L’empereur baisse le pouce et commande qu’on ne condamne pas immédiatement la candidate désignée des LR. Il la soutiendra, dit-il. Avec 40 % des voix des LR, qui ne pèsent elles-mêmes pas plus de 14 % des intentions de vote au plan national (selon la dernière vague du sondage Louis Harris-Challenges), Ciotti peut revendiquer 6 % des voix en France sur le papier. Dressé sur ce promontoire, ce député est devenu faiseur de rois à droite. Il en jouit sans vergogne, sans répondre pour l’instant à la question de fond : ces voix, sa voix et cette nouvelle stature serviront-elles la France et comment ? C’est pourtant la seule question qui vaille.
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