[ÉDITO] Frontières viré de l’Assemblée : jusqu’où ira-t-on ?

Le palais Bourbon, nouveau territoire perdu de la République ?
Capture d'écran
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C’est quoi, la prochaine fois ? La destruction des micros, des téléphones, des caméras ? Pire, peut-être ! On peut tout imaginer, après le spectacle de mercredi, dans l’enceinte du palais Bourbon, qui méritait de passer au 20 Heures de TF1 et France 2. Mais non. Des députés LFI… et socialistes (dont la voisine de banc de François Hollande !) bousculant, insultant, menaçant, invectivant, traitant de « fascistes » les journalistes de Frontières et leur intimant l’ordre de « dégager » sous les huées de manifestants, comme l’a rapporté Raphaëlle Claisse dans ces colonnes : voici le triste spectacle qui nous est donné de voir, en France, après huit ans de macronisme. Ces mêmes députés qui criaient, la semaine dernière, à la sédition, au 6 février 34, se sont comportés comme des voyous. Et cela - il faut se le répéter, car on a du mal à y croire lorsqu’on a un peu vécu sous cette Ve République -, au sein même du palais Bourbon, un lieu placé sous la police de Mme Yaël Braun-Pivet.

Incidents, Lucet et Frontières : du pareil au même

Une Braun-Pivet qui, dans son communiqué, laisse entendre que ce « bordel » est venu de nos confrères de Frontières ! Citons-la. « Au court de la période récente, plusieurs incidents impliquant des journalistes se sont produits dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. » D’emblée, ça part mal. « Plusieurs incidents » : c’est donc mettre sur le même pied le cinéma d’Élise Lucet avec ses tests anti-drogue dans la salle des pas perdus, en février dernier - car c'est évidemment à cet incident que la présidente de l'Assemblée fait allusion -, et la « bousculade » de mercredi. La présidente « condamne fermement ces incidents » (on connaît ça : on condamne les incidents, pas les auteurs !). Comme si les deux étaient comparables, du même degré de gravité. Plus loin, Mme Braun-Pivet rappelle que « l’accès des journalistes à l’Assemblée nationale est soumis à des règles d’accréditation : l’organe de presse doit être reconnu et le journaliste être en capacité de présenter une carte de presse ou une attestation de sa rédaction ». On ne rentre pas comme ça au palais Bourbon : l’autorisation qui est accordée l’est sous la signature de la présidente. C’est le cas, jusqu’à ce jour, des journalistes de Frontières.

Racaillisation

Or, ces journalistes, dûment accrédités, ont été contraints de quitter les lieux de manière quasi manu militari, sous la pression de députés se comportant en nervis. Des députés de gauche et d'extrême gauche qui perdent leurs nerfs, sans doute parce qu'ils n'ont plus le monopole de l'investigation. Frontières a eu l'outrecuidance de sortir un numéro spécial sur LFI : quasiment un sacrilège ! Au fait, ces journalistes troublaient l’ordre public ? Apparemment non. Ils faisaient leur travail, celui de couvrir un événement, du reste, extraordinaire et incongru : une manifestation d’assistants parlementaires LFI, dans l’enceinte du palais Bourbon, avec banderoles de la CGT. D’ailleurs, on serait curieux de savoir si cette manif avait été autorisée par la présidente. Passons. Une manifestation, donc, non pas pour demander de meilleures conditions de travail mais pour exiger, justement, que l’accréditation soit enlevée à Frontières. Deuxième incongruité. Du jamais-vu ! Il paraît que la France est le pays de la liberté de la presse.

 

On pense aux Chaban-Delmas, Edgar Faure, Louis Mermaz, Philippe Séguin ou Jean-Louis Debré qui ont trôné au perchoir. Que penseraient-ils d’un tel spectacle ? C’est donc, d’une part, la liberté de la presse qui a été bafouée par l’extrême gauche et, d’autre part, l’autorité même de la présidente de l’Assemblée nationale : des journalistes accrédités virés par une force illégitime. Mais l’autorité de l’État est bafouée partout en France, il n’y a donc pas de raison que l’Assemblée nationale échappe au phénomène, d'autant qu'elle est par définition la représentation nationale et que LFI incarne cette « racaillisation » d’une partie de la société française. Quatrième personnage de l’État, Mme Braun-Pivet devrait s’inquiéter d'un phénomène qui a franchi l’enceinte « sacrée ». Le palais Bourbon, nouveau territoire perdu de la République ?

Imaginez si...

S’inquiéter et sévir. On a comme un doute. En effet, car citons encore le communiqué de la présidente de l'Assemblée nationale : « Aucune démarche, pouvant s’apparenter à une mise en scène [sketch de Lucet] ou à des provocations [sous-entendu que la seule présence des journalistes de Frontières était une provocation ?] qu’elle qu’en soit la nature ne saurait être tolérée. » Plus loin : « La méconnaissance de ces règles peut donner lieu à des mesures restrictives d’accès à l’Assemblée et de retrait d’accréditation. » Et d’ajouter qu’un rappel par courrier sera fait à Frontières comme cela avait été le cas pour Élise Lucet. Comparaison n’est pas raison, mais ça fait diablement penser à ces victimes d’agressions, condamnées par un tribunal parce qu’elles ont blessé leur agresseur en se défendant. Et les journalistes (dont une jeune femme !) de Frontières ne se sont pas défendus, sont restés calmes. Imaginez, sinon… Imaginez, aussi, que ces journalistes aient été de Libé ou de L’Huma et qu’ils aient été traités de la même façon par ces sales fachos de députés RN. Imaginez… juste un instant, pour voir ce qu'on en dirait au JT de 20 heures. Parce que, évidemment, on en aurait parlé au 20 Heures.

 

Addendum : ce jeudi soir, le groupe écologiste demande « au Bureau de l’Assemblée nationale d’acter la suspension temporaire et immédiate de l’accréditation de Frontières à l’Assemblée nationale, jusqu’à la décision du Bureau quant aux règles d’accréditations des médias ».

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Editorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

93 commentaires

  1. Curieusement , quand le journal mediapart projette un film sur Sarkozy, a l’assemblée nationale cela pose aucun problème.
    Le média streetpress lui avait fait un article sur les assistants parlementaires du RN .
    Et le RN avait rien trouvé a redire.

  2. L’extrême gauche ne respecte rien. Ils ont décidé que certains journaux, chaînes Tv sont d’extrême droite, ils ont donc légitimement le droit de combattre le mal. Ils n’hésitent pas à le faire en insultant voire plus. C’est bien sûr scandaleux. On a vu Jordan Florentin se faire traiter de facho lors de la manifestation contre le racisme; les militants étaient très menaçants. Si ce traitement était appliqué à des journalistes de gauche, ce serait le tollé, le retour des heures les plus sombres.

  3. Je donne ce modeste « avis » sur TOUS les articles de BV du jour concernant la politique et la sociologie française: QUEL CIRQUE ! je n’ai pas l’impression que ça soit pareil « ailleurs »… Ex: en Allemagne, le SPD a été admis comme partenaire par Merz, dans le calme, le pragmatisme nécessaire, l’esprit démocratique. En France, derrière l’inutile agitation ubuesque, prétexte au « barrage/cordon sanitaire » -sic -, on trouve des gens qui n’ont rien à f**** des citoyens de ce pays et de leurs difficultés. QUI va remettre l’église au centre du village? là toud’suite, je ne vois pas.

  4. Mme Yaël Braun Pivet la pétaucheuse se couche devant l’infamie LFI , pas de quoi être fière Madame !
    Vous comme beaucoup d’autres serrez les fesses pour surtout rester sur votre siège et garder vos privilèges, je ne suis pas étonnée, votre incroyable pugnacité pour garder ce siège m’est resté en mémoire !

  5. Pas touche à LFI !
    Inverser les responsabilités c’est fort. Rien ne leur fait peur. La Gauche est enragée devant une Droite résistante qui s’étend.
    Elle se permet, et se permettra toutes les indignités, c’est leur seule façon de tenir le cap.

  6. @RAVI au lit nous rappelle « les faits d’armes » de MME Braun PIVET dont la caractéristique est : LE MANQUE DE COURAGE et l’application d’une SEVERE CENSURE de la liberté d’expression , et JAMAIS aucune sanction
    contre les révolutionnaires LFI .JUSTE SCANDALEUX cette CONNIVENCE
    Encore 2 ans et nous aurons ROBESPIERRE !

  7. l an n est plus qu un repaire de gauchiste cette grave maladie mentale qui seme partout le chaos et la dictature
    « Les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie. »
    de Jorge Luis Borges

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