Florence Bergeaud-Blackler menacée de mort : pas plus de réactions ?

Cette femme qui vient de faire l’objet de menaces de mort est placée sous protection policière.
bergeaud blacker

Iris Bridier avait, dans ces mêmes colonnes, aux termes d’un article du 17 mars dernier, mis en avant le travail, fouillé et de bonne facture, d’une anthropologue française, Florence Bergeaud-Blackler. Celle-ci venait de publier un ouvrage intitulé Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête. On y apprenait comment les Frères musulmans étaient parvenus à imposer leur idéologie en Europe. Il s’agit d’ailleurs du premier ouvrage de référence en la matière.

Mais quelques jours plus tard, comme nous pouvions le prévoir, un déversement de haine s’abattait sur les réseaux sociaux contre cette femme qui n’avait songé qu’à faire part de ses recherches scientifiques.

Or, parmi les contestataires les plus virulents, on trouve un homme de 75 ans, François Burgat, chercheur émérite, ex-directeur de recherche du CNRS. Il est l’une des figures de l’Institut de recherche et d’études du monde arabe et musulman (IREMAM). On attendait de cette personne une forme de débat raisonné, une analyse scientifique, bref, un peu d’intelligence qui se serait matérialisée par un papier rédigé dans un revue scientifique. Mais M. Burgat opta plutôt pour une sorte de communication frénétique : en quelques semaines, il devait tweeter ou retweeter pas moins de 85 messages ciblant l’anthropologue. L’invective comme argument.

Sur le contenu de l’ouvrage de Mme Bergeaud-Blackler, beaucoup d’articles ont été publiés. Il n’est donc pas utile d’y revenir. Il est cependant nécessaire d’avoir désormais une vision sociale et légaliste de ce qui est en train de se produire.

En premier lieu, rappelons que cette femme vient de faire l’objet de menaces de mort suffisamment sérieuses pour avoir été placée sous protection policière. Comme le dit parfaitement son avocat, Maître Thibaud de Montbrial, « on veut la faire taire et intimider ceux qui auraient des velléités de parler ».

Le CNRS, quant à lui, se terre dans une attitude taisante des plus regrettables tandis que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche exprime des poncifs inutiles comme le fait que la recherche doit rester un terrain de liberté d’expression, de respect de l’autre et donc de respect de la loi.

Soit ! Et alors ? Que va-t-il se passer, maintenant ?

Imaginons quelques instants que M. Burgat soit victime de dizaines de tweets relayés par un penseur scientifique d’extrême droite ? Sans évoquer la sphère médiatique dont la corruption de la pensée n’est plus à démontrer, quelle aurait été la réaction de la Justice ? Il est, en réalité, nécessaire de rappeler que la menace, par quelque moyen que ce soit, de commettre un crime ou un délit contre les personnes constitue un délit de droit commun puni d’une peine de six mois d’emprisonnement délictuel et de 7.500 euros d’amende.

Mais au-delà, le droit de la presse peut sans doute permettre quelques questionnements.

85 tweets ad hominem, en quelques jours, postés par une seule personne jouissant d’une telle aura dans le monde musulman, employant les termes « textes ahurissants », « criminalisation sectaire des Frères musulmans », « escroquerie intellectuelle » ne pourraient-il pas constituer en eux-mêmes le délit d’incitation à commettre un crime ou un délit ?

Mais cela ne semble guère, pour l’heure, alerter les parquetiers.

Nous y sommes ! L’État de droit se meurt, pas à pas, devant les regards indifférents de ceux qui devraient le défendre à corps perdu. Pour le remplacer, c’est l’avènement d’une pseudo-République de la frayeur qui se met en place. Elle est constituée, celle-ci, de chefs couards et d’une Justice en faillite. L’aveuglement (ou plutôt la cécité) n’est plus une faute politique ou professionnelle mais devient une compromission intentionnelle. Il faut espérer que le temps fasse son office de sorte que l’on exige un jour des comptes à rendre et que ces hommes soient l’objet de rudes sanctions.

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Me Alain Belot
Avocat au barreau de Paris, chroniqueur à BV

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Il n’est pas inutile pour celles et ceux que cela intéresse de lire ou relire les prédictions de notre ancien ministre Michel Poniatowski il y a 47 ans de cela et vous pourrez constater qu’il est regrettable que ces tireurs de sonnettes d’alarmes, une fois de plus ont le tort d’avoir raison trop tôt. Il y en a d’autres plus récents qui alertent mais ils se font tirer dessus à boulets rouge!
    Alors, cessons d’écouter le chant des sirènes et votons avec un minimum de vision si l’on veut éviter dans quelques années de ne plus entendre que les appels du haut des minarets! Ce jour là la France et l’Europe seront morts.

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