Les pastorales : la Nativité contée par des santons provençaux de chair et d’os
On ne le dit jamais assez : Jésus est né en Provence ! De fait, pendant la période de Noël, qui s’étend du premier dimanche de l’Avent au dimanche 11 janvier, date de la fête du baptême du Christ, jusqu’à la présentation de Jésus au temple, le 2 février, cette région du sud de la France est particulièrement riche en traditions. Les pastorales, qui ont lieu entre le 26 décembre et la Chandeleur, en sont une.
Il s’agit d’un spectacle qui raconte l’histoire de la Nativité sous le prisme provençal. Une sorte de crèche provençale vivante, avec des santons en chair et en os. Sur scène, des bergers, des anges, des villageois, un rémouleur, le ravi et autres personnages habituellement en plâtre se donnent la réplique.
La Nativité, le fond
L’histoire débute avec l’arrivée d’un ange qui annonce aux bergers provençaux que le Sauveur est né. Ils sont alors chargés de faire circuler la bonne nouvelle. Elle se répand. Tous les villageois se mettent donc en chemin pour aller adorer le Fils de l’Homme et lui remettre des présents. Le tout est présenté de manière humoristique. Les quiproquos et les scènes légères s’enchaînent. Certains personnages, comme Pistachié, sont particulièrement hilarants. Dans les salles où l’on joue des pastorales, les éclats de rire sont nombreux. L’humour pratiqué peut être suranné mais il n’est jamais irrévérencieux. Jean-Michel Turc, acteur dans une pastorale et président de l’Ensemble culturel provençal en terroir marseillais, le confirme à BV : « C’est un spectacle amusant et rigolo mais toujours respectueux et bienveillant. » Il est ponctué de danses et de chants folkloriques au son des tambourins provençaux et des galoubets.
La plus célèbre des pastorales est celle dite Maurel, du nom de son créateur, Antoine Maurel. Écrite en 1844, elle est découpée en cinq actes et dure près de quatre heures. Le texte est entièrement récité en provençal, ce qui en fait « la pièce de théâtre traditionnel en langue régionale la plus jouée d’Europe ». Audibert en est une autre, très appréciée des locaux et tout aussi historique que la Maurel, mais jouée en costume biblique et en français. À ces deux célèbres représentations viennent s’ajouter toutes celles qui ont lieu dans les villages provençaux, souvent jouées par les habitants eux-mêmes. Dans les écoles de la région (publiques comme privées), il n’est pas rare que les enfants jouent également la pastorale dans une version raccourcie. Preuve, s’il en fallait une, que la Provence est un territoire marqué par le catholicisme et qu’il fait partie intégrante de son identité.
La Provence, la forme
Jean-Michel Turc qualifie même cette pièce, qui a pour toile de fond la Nativité, de « monument vivant du patrimoine local ». Il souligne également qu’elle a pour mérite de « jouer un rôle dans le maintien de la langue », une chose chère à ce professeur de langue provençale et fervent défenseur de la culture locale. Une culture qui, au vu du taux de remplissage des salles où se jouent les pastorales, plaît. Jean-Michel Turc en convient mais ne peut s’empêcher de formuler ce bémol : « Ça attire du monde mais il faut rester vigilant. Il y a des salles qui sont combles certes, mais il est de moins en moins facile de trouver des acteurs. »
Si les traditions populaires attirent de nouveau les foules, les organisateurs sont unanimes sur la difficulté qu’il y a à trouver des personnes voulant les faire vivre. En Provence, les pastorales sont confrontées au problème, comme les pastrages, autres traditions provençales tirant leur nom du mot lou pastre (le berger) et intimement liées à la naissance du Christ. Là, pas de salle de théâtre ni de scène, tout se passe dans la rue et le 24 décembre au soir, avant la messe de minuit. Les bergers vont en procession jusqu’à l’église et apportent un agneau de lait en offrande. Ils sont accompagnés de danseurs et de tambourinaires, des rôles de plus en plus difficiles à pourvoir.
Ces traditions sont belles, elles sont les témoins de l’attachement de la région à son identité provençale et chrétienne et, comme le réclament ceux qui les portent, les jeunes générations ne doivent pas seulement les regarder mais les faire leurs pour qu’elles demeurent.
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2 commentaires
Merci pour ce bel article sur les Pastorales. Pour m’a part, mes parents m’amenaient chaque année à Marseille assister à la Pastorale Maurel, je n’ai pas souvenir qu’elle soit si longue, peut-être parce que j’étais « envoûté » par le spectacle. Je participais aussi comme berger (Pastre), chaque 24 soir lors de la messe de minuit, à une version réduite, mais toute en provençal, de cette évocation très régionale de la nativité. En somme pleins de beaux souvenirs que votre article a fait rejaillir en ce matin de Noël. Seul bémol, les santons sont en terre cuite et non en plâtre. Joyeux Noël à tous.
Je parle de Bordeaux, la grosse cloche, j’ai habité ce quartier en 1964,c’etait le quartier Espagnol. Le cours Victoire Hugo etait populaire mais fréquentable, maintenant il faut être inconscient ou courageux de se promener la nuit .