Loi sur les retraites : le retour de DSK ?

En abordant la critique facile du régime d'Emmanuel Macron, l'ancien favori de 2007 envoie-t-il une carte postale ?
dsk

Apparemment, tout le monde n'est pas touché par le report de l'âge de la retraite. Ainsi de Dominique Strauss-Kahn, inoxydable éléphant du Parti socialiste, ancien directeur du FMI et connu pour tant d'autres choses. Dans une publication Twitter, intitulée « La cinquième erreur », l'économiste, à qui tout le monde s'accorde à reconnaître un talent technique de premier ordre, considère que l'erreur de Macron est de ne pas avoir voulu réformer le système des retraites à la française mais de ne s'être attaqué, en quelque sorte, qu'à la partie visible de l'iceberg en repoussant l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Selon DSK, c'est la durée de cotisation qui doit être modifiée.

S'ajoute à cela une autre « erreur », selon lui, celle de la temporalité. Le moment explosif dans lequel la France est plongée n'était pas (on ne peut qu'en convenir) le plus approprié pour mener une réforme aussi délicate. Troisième « erreur », celle de la stratégie, en d'autres termes celle du rapport de force par le 49.3, qui se surajoute au contexte déjà très tendu. À sa publication, c'est-à-dire après sa validation par le Conseil constitutionnel, la loi pourrait, craint DSK, faire repartir un cycle de violences sociales. Et de conclure sur un slogan qui, après une démonstration aussi factuelle, semble vraiment consternant de fadeur : « Il est encore temps de trouver des solutions aux couleurs de la République. »

Que dire de tout cela ? Évidemment, le constat de Dominique Strauss-Kahn est bon. Évidemment, le moment est mal choisi, le mépris du peuple n'est pas une solution et la fixation sur l'âge au lieu de la réforme du système ne fait que cristalliser des tensions déjà très fortes, dans un régime macronien déjà marqué par la révolte des gilets jaunes ainsi que par une détestation, probablement jamais vue sous la Ve République, de la personne du chef de l'État. Celui-ci, claquemuré dans son palais, enfermé dans son raisonnement, craint le peuple. Et parce qu'il déteste se reconnaître peureux, il déteste ce peuple qui lui fait si peur. Entouré de CRS, de cars de policiers, de gardes du corps, il visite des coins de France pour donner le change. Quand il visite d'autres pays (les Pays-Bas, par exemple), la réalité se rappelle à lui.

Cela étant dit, pourquoi Dominique Strauss-Kahn prend-il la parole ? Outre un culot et un aplomb difficiles à égaler chez lui, qui a été grièvement brûlé par les médias à cause de frasques sur lesquelles il n'est pas utile de revenir, peut-on croire qu'il espère faire son retour en politique ? La posture du vieux sage retiré des affaires n'est jamais sincère en politique : voyez Sarkozy, qui revint pour la primaire de sa famille politique après avoir juré qu'on ne l'y prendrait plus. Il ne s'agit que d'une retraite provisoire, dans laquelle le fauve est à l'affût d'un come-back médiatique. DSK n'échappe probablement pas à la règle. En abordant un sujet qu'il connaît bien, la macro-économie, sous un angle objectivement facile, celui de la critique du régime d'Emmanuel Macron, l'ancien favori de 2007 envoie-t-il une carte postale ? Ce serait amusant, et on imagine déjà, malicieusement, quel genre de carte postale il a choisi sur le tourniquet du marchand de journaux...

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Il est curieux qu’un homme dont beaucoup attendaient qu’il relève la France se prononce aussi tardivement sur ce sujet car on peut admettre que les carottes sont cuites , mais surtout avec autant de pâleur . Lui dont on disait qu’il était brillant se contente de faire la synthèse des propos intelligents que l’on a pu lire et que trop de médias n’ont su que vilipender de façon grotesque . Il est tard pour vouloir reprendre le devant de la scène . C’est il y a 5 ans , au temps de Delevoye qu’il aurait fallu agir monsieur Strauss-Kahn !
    Bien sûr qu’il ne fallait pas aborder la question sous l’angle de l’âge limite mais sous celui de la durée des cotisations conjugué à celui de l’uniformisation « progressive des taux de cotisations .
    Nous nous serions éviter bien des peines et des coûts ( coups ?)

  2. Avec l’affaire Palmade et d’autres du genre que l’on nous cache, ce n’est vraiment pas le moment pour lui se mettre sur la sellette.

  3. DSK malgré les extravagances de sa vie privée était un bien meilleurs politique et économiste, que l’amateur poudré et atteint de loghorée Macron.

  4. Tout, mais surtout pas lui, on est déjà suffisamment occupé comme çà, « comme dirait Maxwell ». Cordialement.

  5. V’la t-il pas que l’on voit réapparaitre ce couple qui d’une semaine à une autre montre son nez , et donne des arguties déjà énoncées par nombre d’intervenants de gauche à droite , donc rien de bien nouveau sous le soleil . Sans être un chantre de l’économie , il suffit de voir que ceux qui sont dans la rue et suivent avec assiduité ces épisodes de manifestation sont pour la grande majorité les salariés des services d’ Etat et du public , car leurs prérogatives dans cette réforme risque de les impacter , à l’inverse peu ou pas de salariés du privé qui n’ont pas le poids du nombre et des moyens de pression pour faire entendre leurs revendications , ils ont d’autres sujets de crainte récurrents ( pouvoir d’achat, perte de leur emploi, avenir de leurs enfants, etc…) . Quand j’entends tous ces chroniqueurs autour des plateaux , assis dans leur fauteuils rembourrés , parler sur ce sujet à des années lumière de leurs préoccupations !!!

    • Que l’on se le dise une bonne foi pour toute. L’économie n’est pas l’alpha et l’oméga pour un dirigeant politique. Des économistes, il y en a plein les placards, lesquels se plantent régulièrement dans leurs analyses… Ce qu’il faut à un pays, c’est un dirigeant qui ait des valeurs, une éthique, une vision. Pas un magouilleur…

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