Marseille : témoignage d’une victime de cathophobie

Il est quatorze heures, le mercredi 26 mars dernier, lorsque Sophie et ses trois enfants sortent de leur domicile, situé dans le VIIIe arrondissement de Marseille. La mère de famille les emmène, à pied, à leurs activités sportives. De son immeuble à la salle où ils sont attendus, il n’y a qu’une dizaine de minutes de marche.
Sophie porte des mocassins bleu marine, un pantalon rouge et une veste, bleu marine elle aussi. Sa fille aînée est vêtue d’une robe bleue avec des collants et un gilet beiges. La seconde est en jupe plissée vert sombre et pull bleu. Le dernier, un petit garçon, a un pantalon de type chino kaki et un caban bleu marine. Tous les trois ont des chaussures en cuir aux pieds, des bottines pour les filles et des bateaux pour le garçon. Ils font tache.
Repérés
Pour être à la mode marseillaise, ils auraient dû être habillés en survêtements et en baskets de marque. Dans ces tenues, ils n’auraient sans doute pas été invectivés comme ils l’ont été, ce jour. En effet, alors qu’ils traversaient au feu vert piéton, ils ont été la cible des railleries d’un automobiliste d’une trentaine d'années. Ce dernier a crié par la fenêtre de son véhicule : « Allez, les petits cathos, l’église, c’est la deuxième à droite. »
Les jeunes enfants se demandent, évidemment, pourquoi ce monsieur s’adresse à eux de la sorte et sur ce ton moqueur. Naïfs, ils interrogent leur maman : « Comment il sait qu’on est catholiques ? » À huit, six et quatre ans, difficile d'imaginer que des chaussures bateaux et une jupe plissée puissent être considérés comme des signes ostentatoires.
L’histoire ne s’arrête pas là. Quelques mètres plus loin, l’automobiliste, qui avait été arrêté par un feu rouge, se trouve une nouvelle fois à hauteur de la famille. À nouveau, il l'interpelle : « Coucou, les cathos coincés, on ne va pas à la messe ? »
Stigmatisés
Sophie ne réagit pas. Il en rajoute une couche. Leurs chemins se séparent finalement, et « heureusement ». La mère de famille confie : « Je ne me suis évidemment pas sentie insultée, car je suis fière de ma foi. En revanche, le fait d’être moquée et montrée du doigt est une sensation désagréable. » Elle s’interroge : « Est-ce que nous avons été discriminés ? Nous avons au moins été stigmatisés à cause de notre foi, et c’est déjà une chose anormale. »
Plus tard, en rentrant chez elle, la mère de famille repense à cette scène. Elle relativise, en se disant qu’il ne s’est rien passé de grave, mais elle ne peut s’empêcher de se dire que ce qu’elle a vécu est un signe de la montée de la cathophobie, en France. Comme les Juifs sont pointés du doigt à cause de leurs kippas ou de leurs tsitsits, les catholiques peuvent désormais l’être parce qu’ils ont un style vestimentaire reconnaissable.
Sophie se rassure en se disant qu’elle a eu affaire à un « imbécile » qui a voulu se faire remarquer, tout en se demandant si, « après le samedi, vient le dimanche ». Pour rappel, Marseille a été, ces derniers mois, le lieu de nombreux actes antichrétiens : une église a été taguée, une autre vandalisée, Notre-Dame de la Garde volée… En voici un de plus.
Thématiques :
Cathophobie
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR

59 commentaires
Ça alors, moi qui suis catholique pratiquant et actif dans ma paroisse, je ne savais pas que j’obéissais à un code vestimentaire! Faudra qu’on m’explique, quand je traverse la place pour me rendre à l’église, en quoi je suis différent en apparence des autres habitants… Cette dame devrait se sentir honorée d’être moquée par un c**.
Remettre vite l’église au milieu du village; sinon on est foutus.
C’est le destin de la France catholique. Quand on a soutenu Chirac, Sarkozy, Macron, on arrive au bas de la pente. C’était pas faute de prévenir.