Mort d’Yves Boisset : était-il vraiment le cinéaste qui n’aimait pas beaucoup la France ?

Aujourd’hui, le problème n’est pas tant l’absence de cinéastes de droite que la rareté des grands cinéastes tout court.
@Pablo Tupin-Noriega6 Wikimedia Commons
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Yves Boisset est mort ce 31 mars 2025 à l’âge de 86 ans. Il aura passé une vingtaine d’années (1970-1990, globalement) à réaliser des films pour le cinéma, souvent de très bonne facture d’un point de vue formel, mais que beaucoup ont jugés presque exclusivement consacrés à la dénonciation de la France de droite, celle qu’il détestait. Certes, devant l’œil de la caméra d’Yves Boisset, toutes les structures prétendument conservatrices en prennent pour leur grade.

Dans L’Attentat (1972), inspiré de l’assassinat de Mehdi Ben Barka, de méchants services secrets décident d’éliminer un gentil leader d’opposition d’un pays arabe. Dans Dupont Lajoie (1975), un beauf raciste (Jean Carmet, remarquablement immonde) viole une jeune fille dans un camping, la tue par mégarde et s’arrange pour faire accuser d’innocents travailleurs immigrés qui travaillaient non loin de là. Dans Canicule (1984), un braqueur américain (Lee Marvin) atterrit dans un coin perdu de la Beauce où il se retrouve au milieu de paysans stupides, violents et obsédés. À partir des années 1990, il ne réalisa plus que des téléfilms, soit sur de grandes affaires d’injustice (Seznec, Dreyfus), soit sur des victimes de la pensée conservatrice (les objecteurs de conscience de 1914 avec Le Pantalon ou la campagne de calomnie de l’Action française contre Roger Salengro dans L’Affaire Salengro). Bref, on l’a compris, Yves Boisset pourrait bien faire sienne cette immortelle et célèbre profession de foi du magazine Globe, lancé dans les mêmes années par Bernard-Henri Lévy : « Bien sûr, tout ce qui est béret, baguette, bourrée, biniou nous est étranger, voire odieux. »

Le talent n'a pas de couleur politique

Pourtant, soyons honnête : le cinéma d’Yves Boisset ne se laissait pas si facilement enfermer dans la case du gauchisme moral. Le talent n’a pas - et c’est plutôt heureux - de couleur politique. L’un de ses premiers films, Un condé (1970), montre la vengeance sanglante d’un policier hors cadre contre un système pourri. Très anar de droite, ça. Dans Espion, lève-toi (1982), il met en scène Lino Ventura, agent « dormant » des services secrets français, manipulé par une hiérarchie duplice et incapable : pas plus gauchiste que Le Professionnel… Dans Le juge Fayard dit le Shériff (1975), Patrick Dewaere incarne un magistrat flamboyant et jusqu’au-boutiste qui décide de déraciner la corruption et finit par déterrer des liens entre banditisme et politiciens. Anti-système et grande gueule : on a du mal à retrouver la gauche. Précisons, immédiatement, que ces politiciens sont de droite et que ces bandits appartiennent au SAC : après ce film, Boisset sera d’ailleurs tabassé et ses enfants menacés de mort par les séides de Charles Pasqua. Autres temps…

L’année suivante, le réalisateur s’installera en Irlande, dans une ferme protégée par l’IRA, pour y adapter… Le Taxi mauve, un excellent roman du non moins excellent Michel Déon, ancien de l’Action française, adoubé « hussard » des lettres aux côtés de Nimier, Blondin et Laurent, et peu suspect de trotskisme échevelé.

Avec la mort d’Yves Boisset, c’est un peu du cinéma antifrançais qui s’éteint, c’est vrai. Il a renouvelé le genre du film anti-France périphérique, anti-armée, anti-police, anti-patrons. D’accord. Retenons tout de même que c’était un grand cinéaste, qu’il a fait tourner certains des meilleurs acteurs de notre histoire récente, qu’il a sublimé les rôles féminins (Françoise Fabian ou Isabelle Huppert, par exemple). Aujourd’hui, le problème n’est pas tant l’absence de cinéastes de droite que la rareté des grands cinéastes tout court. Que la terre soit donc légère à Yves Boisset, sans rancune et même avec une certaine admiration, puisque le ressentiment est le substrat psychologique du camp d’en face…

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Un grand cinéaste malgré le fait que les français sont présentés souvent comme des « beaufs» ou des « pourris » . Où est l’esprit cartésien qui est à l’origine de l’existence de tant de scientifiques et d’ingénieurs en France ? En tout cas, ce dénigrement des français a conduit à la situation actuelle où l’histoire est ignorée, sauf pour l’esclavagisme et la colonisation faites par les européens…Et, en définitive, pour la population, une absence d’avenir , où la repentance semble sans fin, dans un pays qui reste l’un des plus beaux du monde !

  2. Dans cet article manque le rappel d’un film. Pour moi, pied noir ayant vécu dans mon enfance à proximité immédiate (et dans tous les sens du terme) des évènements et actions qui font le sujet que traite Boisset dans R.A.S. son gauchisme antimilitariste et anti français exprimé dans ce film est insupportable. Peu ou prou 70 ans après les faits et plus de 50 après le film, et au vu de ce qu’est la France aujourd’hui, on est en mesure de comprendre ce que des gens comme lui ont coûté au Pays. Un grand cinéaste peut-être mais comme beaucoup d’autres un ami des porteurs de valises.

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