[Point de vue] Lettre ouverte à Rachida Dati, ministre de la Culture

Chère Madame,
Vous avez été nommée ministre de la Culture dans ce nouveau gouvernement et chacun s’accorde à dire que vous en êtes, après le Premier ministre Gabriel Attal, la grosse surprise.
Vous seriez la pétulante prise de guerre au camp d’en face, disent les uns ; une fine politique et femme, disent les autres. Une femme au service de la France et de sa culture, espère le gros des troupes dont je suis. J’entends par là les artistes qui se tiennent tout à la fois loin du « marché » et de la subvention. Des silencieux qui se tiennent loin des pétitions et des manifs, concentrés qu’ils sont sur leur art. Des gens, pour résumer, qui placent en vous beaucoup d’espoir, notamment celui de vous voir donner un coup de pied dans le bazar.
Un symbole fort
Vous avez choisi de présenter vos vœux, ce lundi soir, au « monde culturel » depuis le Musée national de l’Histoire de l’immigration. Tout un symbole, et un symbole fort.
Ce magnifique palais de la Porte dorée a une histoire que beaucoup de vos prédécesseurs auraient voulu gommer. On a même songé à le détruire, avant que les collections du Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie – sa dernière dénomination – ne partent pour le Quai Branly. Inauguré pour l’Exposition coloniale de 1931, il fut d’abord Musée des colonies et de la France extérieure, puis Musée de la France d’outre-mer, puis Musée des arts africains et océaniens. Ceux qui l’ont connu avant sa réaffectation se souviennent des merveilles qu’il abritait : l’art des peuples premiers, comme on disait alors…
Mais le passé colonial de la France n’est plus, aujourd’hui, qu’un passé honteux dont il faut se repentir. On a voulu l’effacer pour ne retenir que l’histoire des migrants. Ce nouveau musée, où vous allez prononcer votre discours, a rouvert en juin dernier après trois ans de fermeture. En mieux, on l’espère, car la première mouture était d’une confondante indigence. Il est vrai que Pap Ndiaye en fut le patron jusqu’en juillet 2022…
On peut comprendre votre choix pour ces vœux, à la poursuite de votre propre histoire : celle d’une enfant d’immigrés hissée au sommet de l’État par la méritocratie républicaine. Vous avez dit, déjà, vouloir faire des quartiers populaires et des zones rurales votre priorité, « démocratiser la culture », pour reprendre l’antienne de vos prédécesseurs. Mais de quelle culture parle-t-on, pour qui, pour quoi ? Quelles œuvres, quels artistes ?
Un art qui élève
Déjà, dans ce premier musée de l’Immigration, on s’interrogeait : que voulait-on nous dire, nous montrer ? Pourquoi amener là des hordes de gamins des banlieues pour y contempler des valises en carton et le bric-à-brac qui fait le quotidien des pauvres ? Car c’est bien la question de fond : pourquoi cette sorte « d’assignation à résidence » pour les classes populaires ? Pourquoi leur montrer une carcasse de voiture brûlée plutôt qu’un Rembrandt ?
L’espoir que l’on met en vous, Madame, est celui d’un possible retour à une forme d’art qui élève. À la primauté de l’écriture poétique d’un Sylvain Tesson plutôt qu’au militantisme de performeuses qui font du porno en croyant faire de la littérature.
La photo d’un distributeur de friandises illustre l’exposition d’œuvres contemporaines dans ce nouveau musée de l’Immigration. Ce n’est pas pour le goûter des enfants, c’est une œuvre d’art signée Kader Attia, intitulée La Machine à rêve. Pourquoi pas. Sauf que pour comprendre la critique de la société de consommation comme mouvement artistique, il faut connaître ce qui précède et ne pas être prisonnier d’un monde où l’on fait de la consommation l’alpha et l’oméga de toute vie. Surtout d’une vie de jeune immigré…
Le « peuple », à la différence des élites culturelles qui sévissent dans les FRAC, DRAC et autres cracs, sait quand on se fout de sa gueule. Vous le savez aussi. Alors, s’il vous plaît, Madame, ne nous décevez pas !
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10 commentaires
Dati a été claire : aussitôt nommée ministre de la culture elle annonce que son objectif est la mairie de Paris, qu’elle ne pourrait jamais conquérir sous l’étiquette LR. Donc elle trahit son parti pour rejoindre les macronistes et va maintenant caresser dans le sens du poil les gaucho-bobos parisiens. Pour elle, la culture n’est qu’un moyen pour arriver à ses fins.
Ses dernières prises de position, notamment pour défendre Sylvain Tesson, semblent répondre de votre souhait, madame Delarue. Mais, peut on croire en une personne qui pour un maroquin rejoint un destructeur.
Même l’espoir me semble bien optimiste.
Elle ne fera rien ..elle est la pour son ambition personnelle ..et puis en ce moment …on change d’étiquette comme de chemise …je n,aime pas du tout les traitres .
Que pourra-t-elle faire si elle s’inscrit contre son nouveau mentor. J’ai bien peur qu’une fois de plus sous ce régime de soit-disant « valeurs républicaines » , ce ne soit qu’un ultime coup de bâton dans l’eau.
Je partage pas, mais alors pas du tout, ce point de vue. »Une femme au service de la France et de sa culture, espère le gros des troupes dont je suis. ». Cette femme est au service uniquement de sa propre ambition, aveugle, qui la conduit à sa perte. Il est vrai que quand on vient de LR, trahir est dans son ADN.
La Culture, c’est bien au-delà des seules « oeuvres d’art ». C’est l’identité de tout un peuple, la sève qui lui permet de vivre et de se développer en assimilant (« assimiler », c’est indispensable) à son rythme les corps étrangers, sans agression. Avec les frontières, c’est ce qui fait sa cohésion et donc sa réalité- – – – — La Culture, ce n’est pas que la télé et le cinéma. C’est aussi le Patrimoine (la préservation de l’immense trésor légué par nos aînés, honteusement sacrifié depuis 50 ans) et c’est l’architecture (le trésor actuel que nous aurions pu constituer, si l’Etat ne l’avait pas systématiquement fait avorter). Bref, tout ce qui est oublié aujourd’hui.
Bref, la Culture, c’est bien au-delà que ce que l’on entend en général de la part des ministres de la Culture. Je reste très pessimiste sur la capacité de notre ministre actuelle, à l’instar de ses prédécesseurs.
Pour cultiver, il faut semer dans le terreau de nos origines. Et ce musée n’est pas le terreau de nos origines, mais le terreau d’autres cultures, d’autres pays, d’autres mœurs souvent barbaresques.
Très bien.
J’espère qu’elle continuera à s’exprimer comme elle l’a toujours fait, mais en macronie c’est difficile