[SANTÉ] Contre les déserts médicaux, le choix de la liberté locale, concrètement

Alors que l’Assemblée nationale examine, ces jours-ci, un projet de loi visant à contraindre l’installation des médecins libéraux dans les zones sous-dotées, le cas de Sauveterre-de-Guyenne, commune rurale du Sud-Gironde, offre un contre-exemple concret. Car au lieu d’imposer, nous avons fait le choix d’écouter, de construire avec les professionnels et de miser sur la souplesse et la liberté. Et cela a fonctionné.
Emergence d'un projet collectif, libre et ambitieux
En 2008, nous comptions trois médecins généralistes. Le plus jeune, pour des raisons familiales, a quitté la commune pour rejoindre la métropole de Bordeaux et un statut de médecin salarié. Le second, locataire, approchait de la retraite et ne souhaitait pas investir. Le troisième avait récemment investi dans son propre cabinet et ne souhaitait pas se relancer dans un nouveau projet. Il était évident qu’un effondrement de l’offre de soins était imminent si nous ne trouvions pas une solution locale, adaptée aux réalités de terrain.
Nous avons alors décidé de réhabiliter un bâtiment communal situé en plein centre-ville, à quelques mètres de la pharmacie : l’ancien logement du trésorier principal.
L’idée initiale était d’y installer un cabinet médical pour trois médecins généralistes afin d’accueillir un troisième médecin. Mais très vite, le projet a pris une autre dimension. En conviant l’ensemble des professionnels de santé du territoire à participer à la réflexion, nous avons fait émerger un projet collectif, libre et ambitieux.
D'une simple maison médicale à un lieu de santé pluridisciplinaire
Très rapidement, nous sommes arrivés à nous fixer un objectif de loyer de 300 euros par mois et par cabinet afin que chacun s’inscrive dans le projet en connaissance de cause. Cela nous semblait à la fois suffisant pour financer le projet et cohérent avec les souhaits des uns et des autres. Ce qui devait être une simple maison médicale est alors devenu un lieu de santé pluridisciplinaire, né sans contrainte réglementaire ni structure imposée, et fidèle à l’exercice libéral voulu par les praticiens. Dans un premier temps, deux dentistes, un podologue, quatre infirmiers, un ophtalmologiste et une gynécologue ont rejoint l’aventure. Ces derniers, praticiens dans une ville voisine, devaient rendre leurs cabinets accessibles aux personnes à mobilité réduite. Or, notre projet était conçu pour être accessible « clef en main ». Très rapidement, un jeune médecin venu de la région parisienne a postulé pour rejoindre la maison. Il est rentré en contact avec nous grâce aux publications des comptes rendus du conseil municipal sur Internet. À peine le cabinet médical inauguré, en juin 2016, nous n’avions plus de cabinets disponibles. Devant cet engouement, nous avons lancé une extension dans le bâtiment voisin — libéré par le départ de la trésorerie.
Aujourd’hui, les deux médecins qui étaient au démarrage du projet ont pris leur retraite. Le troisième est reparti. Tous ont été remplacés par de jeunes médecins, séduit par cette liberté d’installation. Le cabinet médical accueille, aujourd’hui, quatre médecins généralistes, un podologue, trois dentistes, deux ostéopathes, deux cabinets d’infirmiers, un orthoptiste, une sage-femme, une diététicienne… et dispose d’un espace pour accueillir un interne. Tous ces professionnels ont créé une véritable dynamique locale, en lien avec les pharmaciens, les kinésithérapeutes et autres acteurs de santé. La commune est devenue un pôle ressource santé pour tout le territoire. Tous ont décidé, ensemble, de se lancer dans un projet de santé territorial.
Les clés du succès : la liberté
Ce succès repose d’abord sur un choix fort : la liberté ! Liberté de conception et de fonctionnement, sans contraintes administratives ni obligations statutaires. Les loyers ont été fixés à 300 euros par mois, permettant aux praticiens de s’installer sans pression financière. Et surtout, chacun est resté maître de son exercice. La liberté de s’installer et la liberté de partir.
Le projet a été financé sans les aides du département ni de la région — en cohérence avec notre choix de ne pas être labellisés par l’ARS. Nous avons mobilisé un seul outil national : la DETR (dotation d’équipement des territoires ruraux). Le reste est financé par les loyers sur vingt ans et une petite participation d’équilibre de la commune. La commune reste propriétaire de l’immeuble et en assure l’entretien. Un montage simple, transparent et durable.
Deux dispositifs nationaux ont cependant joué un rôle déterminant : le classement de notre communauté de communes en zone de revitalisation rurale (ZRR), qui permet aux médecins nouvellement installés de bénéficier d’une exonération fiscale pendant cinq ans, et l’obligation faite aux étudiants en médecine ayant bénéficié de bourses de s’installer dans des zones sous-dotées, comme la nôtre, à l’époque.
Un modèle qui fait des émules
Le modèle de Sauveterre a fait des émules : des élus de Gironde, de Vendée, du Perche et d’ailleurs sont venus visiter notre maison de santé, curieux de comprendre comment une commune de 1.900 habitants avait su bâtir un projet cohérent, fonctionnel et attractif sans céder à la complexité et aux contraintes. Enfin, ce projet de santé a eu un effet d'entraînement bien au-delà du secteur médical. Grâce à la présence renouvelée des médecins, les pharmaciens ont choisi de rester et d’investir en centre-ville. Cette stabilité a profité à l’ensemble du commerce de proximité et à la vitalité du cœur de notre bastide.
À Sauveterre-de-Guyenne, nous avons prouvé qu’il était possible d’agir efficacement contre la désertification médicale, à condition de respecter trois principes simples : l’écoute, la liberté et la responsabilité locale. Ce dont les territoires ont besoin, ce n’est pas l’uniformité mais la souplesse. Moins de normes, plus de confiance. C’est, en tout cas, le chemin que nous avons suivi.
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19 commentaires
En effet, ma commune de 6500 habitants n’a plus de médecins et la mairie ne semble pas très dynamique.
je me retrouve avec un médecin traitant à 31 km de chez moi qui parle un français très approximatif et avec qui, il n’y a aucun échange ni suivi .