[SANTE] Rendez-vous non honorés : revoilà la taxe lapin !

Les médecins souhaitent un système permettant de rendre leurs patients plus respectueux de leurs rendez-vous.
Capture écran Rustica sur YouTube
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Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) de 2025 étant rejeté, ce n’est pas encore demain que verra le jour la fameuse « taxe lapin », récemment votée par le Sénat, sur les absences non excusées d’un patient chez le médecin. Véritable marronnier (il refleurit tous les ans), elle avait d’ailleurs déjà été retoquée l’année dernière.

6 % à 10 % des rendez-vous non honorés

Cela n’a l’air de rien mais, à l’heure des fameux déserts médicaux, 6 % à 10 % des rendez-vous non honorés par jour et par médecin représentent 27 millions de consultations manquées chaque année, l’équivalent de 4.000 médecins à temps plein. Pour les généralistes à très forte activité, ces incivilités (à condition qu’elles ne soient pas trop nombreuses) peuvent être tolérées sans grand dommage, voire constituer une respiration bienvenue. Mais il n’en va pas de même pour les spécialistes à plateaux techniques coûteux, souvent assistés de techniciens salariés que ces défections mettent au chômage technique pendant 20 ou 30 minutes. À quoi s’ajoutent les retards de diagnostics, parfois vitaux, des patients qui auraient pu bénéficier d’une consultation moins éloignée.

Les médecins souhaitent donc un système permettant de rendre leurs patients plus respectueux de leurs rendez-vous, mais ses modalités n’ont rien d’évident..

Une taxe pour les indélicats ?

On pourrait imaginer un prépaiement ou une majoration à la consultation suivante ; mais en l’état du Code de la santé publique, les médecins ne peuvent rien facturer d’autre qu’un acte médical, et certainement pas une consultation non honorée. Inscrire le patient sur liste rouge ? Mais de consultation suivante, il n’y aura peut-être pas, puisque 70 % des insouciants sont des premiers rendez-vous, la plupart pris via les plates-formes en ligne.

Pourquoi ne pas, alors, obliger ces plates-formes à prendre l'empreinte bancaire du patient et à appliquer une retenue en cas d'absence (ce qui s’est fait pour les téléconsultations pendant le Covid-19) ? Il y faudrait du courage politique - denrée de plus en plus rare. D’autant que ces plates-formes ne sont pas emballées par une idée susceptible de nuire à leur image positive. Enfin, malgré une accélération de la numérisation des prises de rendez-vous pendant la pandémie, 30 % des médecins n’utilisent pas ce système : voudront-ils ajouter de la complexité administrative à un quotidien déjà surchargé ?

De son côté, le Sénat prône une solution assez ébouriffante : une taxe qui serait prononcée par le médecin victime de l'absence non excusée du patient, mais « au bénéfice de l’assurance maladie dont une partie (!) pourrait être reversée aux professionnels de santé concernés en indemnisation ». Un peu comme si on attribuait la plus grosse part de la pension alimentaire à la maîtresse plutôt qu’à l’épouse délaissée... Il fallait l’inventer.

Deux sénateurs socialistes se sont vigoureusement opposés à cette proposition, mais pas pour les raisons qu’on croit, et qui révèlent bien leur idéologie. Pour l’un, elle « rate complètement ses objectifs en pesant sur les assurés sociaux ». Mais sur qui d’autre peser pour modifier leur comportement ? Pour l’autre, elle « n’engendre aucune économie pour la CNAM ». Pas une économie, certes, mais une cagnotte... C’est censé être le but d’une taxe lapin ?

Selon toutes les sources, la « punition » envisagée tournerait autour de cinq euros. Espère-t-on, vraiment, modifier les comportements par une telle mesure ?

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Richard Hanlet
Médecin en retraite, expert honoraire près la Cour d'appel de Versailles

Vos commentaires

39 commentaires

  1. En effet ces lapins sont monstrueux .
    En tant que Psychologue je notais les noms de ces patients et ne leur donnais plus jamais rendez vous ensuite .Je ne suis pas sure que les médecins aient le droit de faire cela .
    5 euros ce n’est pas dissuasif .

  2. C’est une des conséquences du manque d’éducation des gens. Encore un reproche envers l’école qui manque a ses devoirs d’éducation dont elle porte et revendique pourtant le nom. Il est pourtant un autre sujet dont elle parle beaucoup c’est l’éducation sexuelle.

  3. Mon médecin traitant est tout le temps en retard. Cela peut se comprendre en milieu ou fin de journée. La dernière fois, j’ avais rdv à 9 h. À 10 h, je n’ étais toujours pas passé et je voyais mon médecin, visiblement très occupé, qui circulait dans le hall du centre médical. J’ ai fini par partir car j’ avais un autre rdv. Je ne pense pas que j’ aurais mérité une sanction. La seconde fois, j’ ai oublié mon rdv. Pire, j’ ai oublié de rappeler pour m’excuser ; je ne m’en suis souvenu que plusieurs mois après. Deux ans plus tard, c’est à dire aujourd’hui, j’ ai un nouveau rdv. Je vais devoir présenter mes excuses….

  4. L’impolitesse est dommageable. Les patients ne doivent pas devenir des clients. Maintenant c’est vrai que les médecins sont pauvres.

  5. Quand un patient n’honore pas son RV chez un médecin , il prive un autre patient de RV qui est précieux compte tenu des délais pour en obtenir un : la taxe loin devrait être encore plus élevée, le coût de la consultation par exemple

  6. Qu’en est-il des praticiens qui SYSTEMATIQUEMENT ont de 1& 1à30 h de retard, je ne parle pas de ceux qui suite à une urgence non programmée. Va-t-on pouvoir nous aussi leur appliquer des pénalités de retard.

  7. Attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous n’est pas plus tolérable et ne sera pas sanctionné et finalement arrivé guéri à un rendez-vous pris 3 mois plus tôt … en général, les Doctolib et autres font des rappels bien en amont mais il n’en est pas souvent de même pour les rendez-vous pris par téléphone. Les hôtels demandent une empreinte de cb pour les réservations pourquoi pas les médecins ? Mais encore une fois attendre 6 mois pour une IRM n’est pas plus tolérable …

  8. Et pour les patients qui attendent parfois pendant plus d’une heure sur une chaise de salle d’attente où les rdv annulés au dernier moment par la secrétaire sans justification, sans excuse, on fait quoi ?
    Qui paye le jour de congé prit pour rien ou les heures d’absence au travail ?
    Qui paye ? Le médecin ? La sécu ?

  9. 15 € me semble plus cohérent et être le minimum, pour un généraliste. Bien plus pour un spécialiste, en fonction de ses honoraires habituels. 5 € c’est ridicule et n’aurait aucun effet. Les hôtels prennent le prix de la chambre. Au moins ça éduque le client indélicat. Les restaurateurs sont souvent victimes du même phénomène de manque d’éducation et de mépris. Certains pratiquent le  » no show  » comme les hôtels ou un prélèvement d’arrhes et ils ont bien raison . Je ne vois pas pourquoi les médecins ne feraient pas la même chose.

  10. La bonne éducation se fait rare et on peut le déplorer. À une époque où tout un chacun a un téléphone dans sa poche, quoi de plus facile qu’un coup de fil pour se décommander – et ce suffisamment tôt ?

  11. Dans un monde totalement déshumanisé, où tout ce fait derrière un écran, la responsabilité n’est plus un devoir. Remettons du contact humain et notre monde ira bien mieux. Le virtuel n’engage pas à la vie en société.

  12. Ce comportement est un des nombreux effets de notre déresponsabilisation.
    Trop de citoyens ne sont plus que des consommateurs qui se croient tout permis.
    La réaction des sénateurs socialistes n’est pas étonnante, pourtant les victimes sont aussi les assurés sociaux qui ne trouvent pas de rendez-vous.

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