Un numéro et un nom de rue pour chaque maison : c’en est fini de la déconnexion

Nos campagnes, nos hameaux, nos villages… ces derniers espaces de poésie et de liberté échappaient encore à la folie des chiffres, des cartes et des codes. On gardait dans ces déserts presque inhabités de la France profonde, dans cette diagonale du vide des bouseux arriérés, le dernier luxe des temps modernes : la possibilité de se perdre. Le droit à la déconnexion. Un confinement sans Covid. Les antennes-relais ne passaient pas, les zones restaient blanches et le GPS vous faisait aboutir à un improbable chemin de terre obligeant la voix numérique à vous inviter à faire demi-tour… Des chemins noirs à la Sylvain Tesson, des retours à l’envoyeur et autres « n’habite pas à l’adresse indiquée ».
La loi 3DS
Depuis le 1er juin, ces villages d’irréductibles si chers à notre esprit français, c’est fini. En tout cas, en principe. Au chant du coq a succédé le chant du cygne. La start-up nation a étendu son empire numérique au nom du progrès : en vertu d’une loi votée il y a deux ans par le Parlement macronien, qui entre aujourd’hui en application, la loi 3DS (comme différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification), chaque coin le plus reculé de France devra avoir son adresse et son numéro. Ce qui échappait encore à la loi de l’étiquette se trouve oblitéré, consigné, fiché. Souriez, vous êtes pucé ! Pour quel motif ? Pour votre bien, votre santé, votre survie ! Car c’est bien cela, le motif affiché, c’est par principe d’humanité, comme disaient les colonnes infernales en Vendée, au nom du bien que cette mesure est prise : comment venir en aide à ceux qui n’avaient pas d’adresse ? Comment envoyer les secours à ceux qui échappent aux satellites ? Comment entendre le SOS de celui qui n’a pas de GPS ? À chaque lieu une adresse, donc, puisque c’en est définitivement fini de la solidarité de visage à visage, de village à village. Devenus anonymes les uns aux autres, il nous fallait bien un numéro ! « C'est une autre vision du territoire. Parce qu'en gros, les facteurs, c'étaient des gens du village, du pays, c'est comme ça qu'on les recrutait », estime le sociologue Jean Viard qui fut, au passage, candidat (malheureux) macroniste aux législatives de 2017 dans une circonscription très rurale de Vaucluse , poursuivant son analyse : « Là, c'est en train de disparaître, personne ne me demande plus rien. Pourquoi on a fait ça ? Parce qu'on est entré dans la civilisation de la livraison, et justement, pas par des gens du coin. »
C'est le hameau qui perd son caractère
Voici donc la vie nouvelle de nos campagnes : déjà, au pays, pour aller voter, on s’étonnait que le maire qui nous connaît depuis toujours exige notre pièce d’identité :
- « Bah, tu sais bien qui je suis, pourquoi tu veux ma photo ?
- Désolé Hubert, c’est le règlement, tu peux pas voter si j’ai pas ton identité ! »
Puis il y a eu les noms de village. Un exemple, entre Poitou et Anjou : Bouillé Saint-Paul, à la consonance qui sentait bon le pot-au-feu et la fête paroissiale, on a préféré Val en Vignes, au moment de la fusion des communes. Plus grand, plus moderne, plus chic. La géographie à la place de l’histoire. La nature à la place de la culture. Le territoire à la place du terroir.
Et, désormais, c’est le hameau qui perd son caractère, son histoire, sa liberté : on n'ira plus chez le père Hubert, au lieu-dit La Lardière ou à la patte d’oie à gauche... Non, il faudra que la mairie installe la plaque d’une rue imaginaire et le numéro pour chaque maison de chaque hameau. Ce qui, bien sûr, aura un coût... Amis de la poésie, bienvenue dans nos bourgs aux faux airs de Paris : oui, la fermette du bout du monde n’est plus celle d’un rat des champs mais d'un rat des villes, rendez-vous au 1866, rue des Primevères…

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22 commentaires
Le chalet que mes parents ont fait construire dans un petit village de montagne avait une adresse simple : nom du chalet, nom du hameau, code postal (du département voisin, un des 24 villages dont le code postal est différent du code INSEE), nom du village. Et tout le monde nous trouvait.
Depuis près de 3 ans, le déploiement de programme THD du département à imposé des numéros dans des noms de rues et des lieux-dits, code postal dans le département et nom du village.
Résultat : personne ne nous trouve, et je suis obligé d’envoyer mes coordonnées GPS à tous ceux qui n’étaient encore jamais venus.
Sans compter le nombre d’organismes et d’entreprises qui ne connaissent pas le nouveau code postal et à qui il faut donner l’ancien code postal pour être pris en compte…
Les bienfaits de la startoppe naichonne !
Il y à déjà 26 ans, nous avions une maisons dans un lieu-dit du Loir et Cher, et avons vu nos maisons et rues et chemins étiquetés sans pour autant les dénaturer par des noms à l’emporte-pièce, il a suffit de reprendre des anciens cadastres: « rue du poirier au coq « comme d’autres noms oubliés sont apparus, mais le plus absurde est d’avoir remplacé dans ces petits lieux-dits « chemin « par « rue « ! et surtout d’avoir réuni toutes les boîtes aux lettres au même endroit encore que ça en faisait souvent un lieu de rencontre, mais c’était avant car elles n’auront, bientôt, plus beaucoup d’utilité.
Une idée de l’UE pour mieux nous fliquer mais vu comment fonctionne l’administration dans ce pays ce n’est pas gagné , il y aura des rires et des grincements de dents . On en reparle dans 10 ans …..
La Macronie veut tout réformer pour notre bien, mais nous ne pouvons constater que ça marchait beaucoup mieux avant. Des vacances s’imposent à ceux qui n’arrivent pas à comprendre que sans eux, ça iraient beaucoup mieux.
C’est Uber qui va être content ! Parce que le problème des habitants de ces coins reculés, ce n’est pas qu’on les identifié plus facilement , c’est pour eux de trouver des médecins à proximité de leur domicile .
Parce que les aides ménagères et les livreurs de pain et de viandes ils mes connaissent par leur prénom ‘
le premier paragraphe est faux ! TOUS les lieux, maisons, grange, bois, ruisseau est nommé, en France, et les cartes IGN le prouvent ; s’il y a un manque, il suffit de demander au cadastre, autres cartes dûment documentées, et qui suffisent à payer l’impôt, c’est dire ! mais ceci demandait un minimum d’effort, bien que les GPS actuels (et qui peuvent énormément s’améliorer) permettent de découvrir bien des lieux ; mais changeons pour changer, c’est moderne ; et je renvoie au message de JP Ledoux
Chez nous en Anjou, tous les noms de lieux dit ont disparu. Des noms de rues plus loufoques les uns que les autres sont apparus et il n’est pas rare d’habiter au numéro 1800 d’une rue dans laquelle il n’y a que 2 maisons.
Google, Amazon et eBay doivent se frotter les mains.
La France est dirigée par des citadins, c’est encore plus vrai avec la macronie, qui sont persuadés d’avoir une mission civilisationnelle vis à vis des péquenots, je me permets d’utiliser ce terme puisque j’en suis un.
Ne vous inquiétez pas pour nous, on se débrouille très bien sans vélib et on n’a même pas souffert que la flamme olympique soit passée loin de chez nous.
Cela aura un coût pour les collectivités mais ces changements d’adresse sur les titres de propriété par exemple seront au frais des propriétaires qui n’auront (encore une fois) rien demandé. Sans compter le temps et l’énergie pour modifier son adresse (sans avoir pour autant déménagé) pour chacun des contrats et des administrations,
C’est bien cela : 1866 rue des Primevères. Sachant que la demeure en question est la seule sur ce chemin de terre et se trouve à 1866 m du début de la rue.
Pose d’une plaque normalisée au début de la rue et sur la façade de la maison. Le tout aux frais de la commune.
Avec obligation de corriger vous-même sur l’ANTS, une adresse non conforme, postérieurement à cette c….mesure.
Pour ne pas encourir les foudres de la prédation fiscale, qui trouve là, une autre occasion de vous vider les poches – 135 €
Notre France rurale, déjà malmenée, appréciera.
Merci Madame pour votre essai oh combien juste…! Nous habitons depuis plus de 12 ans dans un petit hameau connu sous le nom de Lieu dit, puis vint la fibre, inconnu au Lieu dit nous étions répertoriés sous le N° 101 dudit lieu, N° qui n’existe pas bien entendu…, ce qui compliqua énormément le raccordement…! Puis vint le baptême de l’unique rue de notre hameau…, rue qui prit, bien évidement le nom du lieu dit… et la numérotation qui en découla …! Mais pour EDF nous sommes toujours au Lieu dit…! Voilà le progrès…!
il serait plutôt nécessaire e revoir la numérotation et les plaques de rue. En France les numéros est nom de rue sont souvent introuvable ou peu lisibles. inspirons nous de la signalisation britannique ou je vis 2 mois de l’année.
Au Japon les facteurs se cassent la tête pas de numéros de rues
Le délire des « petits hommes gris » aux ordres des venimeux coucous poly-tocards qui essayent de justifier « le fric de dingue » que nous coûte leurs présences ! …
Cela va engorger le service des certificats d’immatriculation ( ex cartes grises) où doit figurer la nouvelle adresse.
Encore une belle pagaille en vue. Comme d’habitude nos gouvernants prennent des décisions sans en prévoir les conséquences. Pourtant gouverner c’est prévoir.
« une loi votée il y a deux ans par le Parlement macronien », précisez que c’est sous la pression d’une directive « européenne ». Tous fliqués, tous fichés, personne ne doit échapper à l’oeil de Bruxelles …